nouvelle activité

urgencesTravaillant en clinique depuis 18 mois, les soins d’urgence me manquent … un peu, beaucoup, énormément!
Le travail est relativement intéressant (il y a des hauts et des bas, comme partout, des problèmes relationnels, comme partout), mais je remarque qu’accueillir un patient venant des urgences, avec tout à faire, se battre contre le temps, contre l’inconnu, être dans un stress (positif pour moi) afin que le patient soit installé, équipé tout en gardant une relation avec lui, lui parler, rassurer la famille dans la mesure du possible… ça me manque vraiment.
Me serais-je donc trompée de voie en changeant d’établissement?
Oui, mais non…
Oui, peut-être, car le côté « patientèle privée », être sous les ordres de médecins-chefs différents, devoir faire beaucoup d’hôtellerie, ceci même en soins intensifs (réanimation pour mes lecteurs français), ben je remarque que ce n’est vraiment pas ce que j’apprécie le plus!
Non, car j’ai la possibilité d’être Praticienne Formatrice (voir article précédent) , et ceci me plaît énormément! Accompagner des étudiants infirmiers, affirmer sa pratique et réviser ses connaissances sont un aspect que je ne regrette absolument pas!
Mais voilà… que faire avec cette frustration du soin d’urgence?
Un jour de novembre, un téléphone inattendu va changer cet état de fait:
« Heidi? tu sais que les Premiers répondants Duvillagedacoté vont s’étendrre à Tonvillage? du coup, on a pensé à toi pour venir compléter notre équipe! »
Tornade dans ma tête, triple salto arrière de joie, chic chic chic!
Je vais pouvoir refaire des soins d’urgence…
Oh, pas vraiment comme je le faisais précédemment, les Premiers Répondants sont là pour apporter les tout premiers secours en attendant l’arrivée de l’ambulance, dont les bases sont à 20-25 minutes des deux villages…
Mais ça me permettra de faire des soins, des prises en charge… et même débuter une réanimation, comme il y a 3 semaines de cela…
Ca me permet aussi de ne pas « tout perdre » en terme de soins d’urgence 🙂

PF

PF? quel drôle de nom!

Qu’est-ce que c’est? à quoi ça sert?

demandez à une étudiante infirmière de Suisse Romande ce qu’est une PF, vous la verrez trembler, blêmir, avoir des sueurs froides…

J’exagère? mais non… vous me connaissez depuis le temps!

Image du début du XXème siècle: des élèves gardes-malades qui brancardent un patient sous l’oeil attentif d’une monitrice.

Alors, posons le cadre: que veut dire « PF »?

  • PF, c’est praticienne formatrice… une professionnelle, travaillant dans les soins, qui va évaluer les étudiants infirmiers en stage. Elle va avoir du temps consacré à la tâche de suivre un étudiant durant une journée, pour évaluer ses compétences, ses connaissances, travailler avec afin d’affiner le savoir de l’étudiant, mais aussi être le lien entre l’équipe encadrante et l’étudiant.
  • PF, c’est aussi devoir gérer l’arrivée des étudiants dans un lieu de stage, préparer les équipes, organiser des visites (infirmière HPCI, infirmière en diabétologie, physiothérapie, radiologie, etc.) pour ces mêmes étudiants
  • PF, c’est soi-même étudier pour pouvoir aider l’étudiant à comprendre la pathologie de son/ses patient/s, aller plus loin dans certaines connaissances (récemment une étudiante m’a demandé la veille d’une enseignement clinique à revoir le système rénal… j’ai passé ma soirée à revoir le système RAA (rénine-angiotensine-aldostérone), le système juxtaglomérulaire, les différentes fonctions du rein, etc, etc. )
  • PF, c’est devoir remettre les points sur les i quand les choses ne vont pas bien pour l’étudiant: discuter avec lui, avec l’équipe. Trouver des aides, mais ne pas travailler à sa place. Être ferme sur les demandes, être souple sur les moyens d’y parvenir. Savoir aussi se remettre en question, mais ne pas non plus « se faire avoir ».
  • PF, c’est aussi devoir rappeler aux équipes ce qu’il est demandé comme compétences à l’étudiant. Normal que celui-ci ne soit pas aussi rapide, aussi dextre que son encadrant; normal que l’équipe pousse l’étudiant; pas normal que l’étudiant ne fasse que les tâches ingrates ou, au contraire, prenne en charge un patient au-delà de ses compétences.
  • PF, c’est organiser 3 ou 4 matinées d’enseignement clinique. A l’étudiant de choisir quel patient il va prendre en charge; à l’équipe, voire au PF de rectifier le choix si nécessaire. Lors de ces enseignements cliniques, la matinée est consacrée aux soins au lit de patient et à la reflexion sur le moment. L’après-midi est consacrée à la « théorie », c’est à dire à la reflexivité sur les soins du matin, sur certaines pathologies.
  • PF, c’est corriger les fameuses « démarches de soins ». Pour ma part, je demande à mes étudiants de faire une fois par semaine une démarche de soins sur un patient, c’est à dire de mettre sur papier toute la prise en charge, depuis la pathologie principale, les soins, les soins à faire, les liens entre pathologie et traitements, connaître les médicaments, leurs effets primaires et secondaires principaux. C’est beaucoup, mais en même temps, c’est ainsi que je peux voir la qualité de la réflexion et surtout corriger, encadrer et aller plus loin, afin de donner à l’étudiant un bagage théorique et pratique utilisable dans d’autres situations.
  • PF, c’est aussi devoir évaluer l’étudiant et le noter. Partie nettement moins « cool » que les parties précédentes. Pour tout dire, c’est la partie qui me plaît le moins… « est-ce que je suis correcte? trop gentille? trop sévère? est-ce que je suis vraiment objective? est-ce que l’étudiant va m’en vouloir si je lui mets une note insuffisante?,… » Quand le stage va bien, que les démarches de soins sont de qualité, que l’équipe est contente et que l’étudiant est enthousiaste, c’est facile. Quand les choses ne se passent pas comme sur des roulettes, c’est plus compliqué. Pour ma part, je fais confiance à l’équipe qui a encadré l’étudiante durant ses quelques semaines de stage. Jusqu’à présent, nous sommes tombés d’accord pour la note, mais je crains le jour où ça ne sera pas le cas… car
  • PF, c’est aussi porter le poids de la responsabilité de la note finale.

Depuis quelques années, je donne des cours, j’encadre des étudiants dans différentes situations. Mais c’est tout récemment que j’ai pris ce rôle de PF, et ça change beaucoup le regard porté sur l’étudiant. Donner un cours, faire participer les étudiants, plaisanter tout en apportant une touche pédagogique, je crois que je sais faire (avec quelques bugs, certes…), mais encadrer l’étudiant en étant « la prof » (enfin, « la PF »), c’est un rôle très différent, où des contraintes ignorées jusque là sont apparues, mais aussi avec un temps très riche de discussion, de confrontation, et, j’espère, de transmission de savoir et de passion pour ce métier qui allie savoir, savoir-faire et savoir-être…

Et comment devient-on PF? déjà, il faut le vouloir ;); il faut aussi que l’établissement ait besoin de PF et ces postes sont ouverts sur postulation.

Ensuite, il y a un CAS (certificate of advanced studies) pour les PF, cette certification court sur une année en cours d’emploi avec des cours blocs (25  jours sur 12 mois) avec du travail personnel à fournir.

Pour en savoir plus, voici un extrait du site http://www.cas-pf-hes-vd.ch

Buts

Un praticien formateur HES est un professionnel du terrain mandaté pour assumer la responsabilité de périodes de formation pratique d’étudiants des domaines santé et social de la HES.

La formation permet aux participants de développer leurs compétences de formateurs et formatrices au travers d’une formation en alternance, favorisant la confrontation entre les apports théoriques et des expériences d’accompagnement pédagogique d’étudiants. La formation mobilise l’expérience des participants par des approches dynamiques suscitant la réflexion et l’implication.

Les compétences développées correspondent au référentiel suivant :

  • Compétences en lien avec la pratique réflexive :
    • analyser sa pratique professionnelle pour en dégager les divers savoirs et établir des liens entre des pratiques, des modèles et des théories
    • conceptualiser cette pratique et transmettre les éléments constructeurs de celle-ci de même que les déterminants des choix, des décisions et des interventions
    • élaborer une réflexion sur le sens des actes professionnels et partager celle-ci
  • Compétences sociales et relationnelles :
    • créer une relation pédagogique avec l’étudiant
    • développer des moyens et des attitudes qui permettent d’aider et d’accompagner l’étudiant dans son projet de formation pratique
  • Compétences pédagogiques :
    • identifier et expérimenter les spécificités d’une pédagogie des adultes et de la relation pédagogique formateur-formé
    • développer les méthodologies et didactiques de la formation pratique : principes et formes, guidance, articulation et confrontation des situations d’apprentissage et de travail, etc.
    • organiser des situations d’apprentissage et transmettre des savoir variés.
  • Compétences organisationnelles :
    • comprendre les cadres institutionnels – site de formation, lieu d’exercice professionnel – et en utiliser les différentes ressources
    • aménager les différentes phases du processus d’accompagnement de l’étudiant.
  • Compétences d’évaluation et d’autoévaluation :
    • développer les modes de réalisation des évaluations – formatives et sommatives – et des bilans
    • construire et développer son identité et sa fonction de praticien formateur au travers de l’analyse de sa propre situation et de l’actualisation ainsi que de la consolidation des savoirs et des ressources.

 

 

 

 

Petite fugue

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Il y a deux jours, j’ai lu cet article dans le journal: http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/A-force-de-fuguer-de-l-EMS–elle-a-pu-rentrer-chez-elle-19503869

Si vous ne voulez pas lire tout l’article, je résume: une dame de 89 ans a été placée dans un home pour personnes âgées. Mais cette dame a fait deux fois les 7 km qui séparent le home de son (ancien) domicile en 2 ou 3 jours, car elle voulait rentrer chez elle. Sa détermination a payé: elle a fêté ses 90 ans chez elle!

Tout d’abord, j’avoue une très très grande admiration pour cette dame. Chapeau de montrer à tous et surtout à sa famille et à l’infirmière coordinatrice qu’elle était tout à fait capable de déterminer où elle voulait vivre, malgré son grand âge.

Puis, je me suis dit aussi que cette dame ne devait probablement pas être très facile à vivre… et j’ai eu une pensée compatissante pour sa fille qui doit probablement aussi aider sa maman.

Et ensuite, j’ai de nouveau eu de l’admiration pour Madame Berthe M.

Et me sont venues quelques réflexions: l’infirmière de liaison a probablement pris la décision, secondée par la famille de Mme Berthe, qui lui semblait la plus judicieuse, en fonction des antécédents de cette dame, du motif d’hospitalisation, de son état cognitif, etc.

Et toutes mes pensées vont vers ma collègue qui a fait de son mieux et qui s’est retrouvée désavouée par les faits. Pas facile de décider pour les autres, avec les autres… Je ne sais pas, et ne saurai jamais ( et c’est bien normal!) quels sont les éléments qui ont déterminés le placement de Mme Berthe, mais je suppose qu’ils étaient réfléchis, étayés.

Et me viennent encore d’autres réflexions, plus en rapport avec mon travail quotidien: on a un horaire, des obligations ( la toilette du patient, les soins de confort, les aides à la marche, le lever au fauteuil, et j’en passe) : est-ce que j’agis toujours « juste » quand mon analyse de la situation me pousse à lever mon patient qui ne demande qu’à rester tranquille au lit? Oui, car je sais que c’est mieux pour lui, pour le maintien de sa musculature, pour la respiration, pour la réafférentation, pour…

Tous mes arguments sont « bons », ont pour cadre une vision globale de la situation, une volonté de rendre mon patient indépendant, autonome et vise, à plus ou moins long terme, à un retour à domicile…

Mais quand M. Maurice ou Mme Mauricette ne veut pas, veut que je le/la laisse tranquille? que faire? respecter sa volonté ou le/la convaincre que se mettre au fauteuil n’est pas une punition?

Mon exemple est facile, les réponses sont (presque) évidentes, mais le problème est quand même posé…

Bref… qu’il est difficile d’être bientraitant… il parait que l’enfer est pavé de bonnes intentions: j’ai probablement dû amener quelques pavés dans cet enfer!

Mais, je tiens quand même à l’affirmer tout haut: Madame Berthe est mon héroïne absolue!

 

 

 

Défis

Message sur un site de réseau social professionnel.

Très flatteur, le message.

Nurse Heidi se demande même si ce message lui est réellement adressé…

Puis, Heidi répond, parce que la curiosité est un de ses très très gros défauts!

La dame cherche pour une clinique une infirmière en soins intensifs, avec expérience. Le salaire est intéressant, les conditions de travail aussi.

mais bon… quand même! une clinique… moi qui ai été biberonnée au public, qui ai fait mon école d’infirmières dans une structure public, qui travaille depuis 20 ans dans un hôpital régional semi-public… Non, ça ne se peut pas!

Et j’ai visité la clinique, le service des soins intensifs… et rencontré le médecin-chef, l’infirmier-chef…

Et je suis retournée dans mon hôpital bien-aimé.

Et… on a reçu un jeune patient alcoolisé, qui s’était « pinté » dans un établissement psychiatrique et dont l’équipe ne pouvait pas assurer la surveillance. Il a fallu l’attacher, le sédater et le surveiller le reste de la nuit dans notre service, alors qu’il était très très agressif.

Et on a reçu une personne âgée, transférée depuis un autre hôpital régional au CHU. Là-bas, elle a été intubée, car son état s’était péjoré. Relativement stable dans son instabilité, elle a été transférée chez nous. Une dizaine de jours plus tard, cette personne est décédée dans notre service.

Et… des remarques des médecins, qui me donnent l’impression d’être au mieux incompétente, au pire complétement idiote…

Et cette impression de ne pas être reconnue dans mes compétences par la direction des soins…

Bref, dans quelques temps, je quitte le SMUR (déchirement), mes collègues (déchirement plus grand), pour un endroit différent. Probablement pas meilleur, mais différent. Et avec des projets professionnels qui m’enthousiasment, par exemple donner des cours de réanimation (BLS_AED) au personnel soignant de la clinique.

immersion en eau froide

noyade hiver

Hier matin, je partais en plaine pour un cours de formation continue.

Il faisait encore nuit, mais le soleil se levait, la neige étincelait sous la lumière de mes phares.

Le tableau de bord indiquait -2°C…

Bref, plus j’avançais, plus je me demandais si j’allais vraiment suivre ce cours… peut-être un rhume subit, une grippe paroxystique, une petite amputation d’un membre m’empêcheraient d’aller à la brigade du lac.

Je m’étais inscrite à ce cours au printemps et j’imaginais un cours très théorique. Mais quand j’ai reçu la convocation du cours et que j’ai vu les affaires à amener, j’ai eu un coup de froid:

– maillot de bain

– linge de bain

– peignoir

– habits pour aller dans l’eau

– chaussures pouvant aller dans l’eau

– thermos

– en-cas sucrés

Bref, il était aussi noté que nous pouvions ne pas aller dans l’eau et qu’un exercice de prise en charge serait fait avec les non-nageurs, mais je trouvais intéressant de tester mes limites et aussi ce que ça avait comme conséquences sur mon organisme le fait d’aller dans l’eau du canal.

Je me suis aussi donné le droit de ne pas tremper plus que mon gros orteil gauche dans l’eau…

La matinée a été passée à un cours théorique sur l’hypothermie, donné par un médecin urgentiste spécialisé dans ce domaine.

Quelques mots-clefs sur  la prise en charge du patient hypotherme, sachant que l’hypothermie est « avérée » quand la température centrale est <35°C

Facteurs de risque:

  • Environnement:
    • température ambiante
    • vent
    • humidité
  • Individus:
    • âges extrêmes
    • alcool
    • médicaments (sédatifs)
    • perfusions
    • brûlures
    • traumatisme
    • hypoglycémie
    • jeûne, anorexie
    • épuisement, mauvaise condition physique
    • divers (endocrinopathie, AVC,…)

Conséquences:

  • augmentation de la consommation O2
  • inhibition du métabolisme des médicaments
  • troubles de la crases
  • troubles cognitifs
  • inconfort
  • augmentation de la douleur

Ce qui m’a surprise dans ces conséquences était le point 2, l’inhibition du métabolisme des médicaments: le médecin a raconté avoir induit un patient hypotherme avec curare et autres médicaments pour l’intubation et le patient respirait encore! (ce qui ne devrait pas être le cas avec un curare…)

Dans la prise en charge d’un patient hypotherme, il faut prendre la température, mais… dans nos ambulances, véhicules smur ou autres hélicoptères, il n’a pas facile de trouver un moyen fiable de prise de température, à part une sonde oesophagienne.

Comment classer les stades d’hypothermie? Il existe deux classifications: une internationale (usuelle) et une helvétique, basée sur la clinique et spécialement conçue pour le préhospitalier

T° centrale     classification usuelle                                                classification suisse (clinique)
32-35°             Légère                                                 Stade I                             Conscient, frissonne
28-32°             Modérée                                             Stade II                           Réveillable, ne frissonne plus
24-28°             Sévère                                                 Stade III                          Inconscient
< 24°                                                                             Stade IV                          Mort apparente
?                                                                                     Stade V                            Décès sur hypothermie accidentelle

Mais ces classifications ont des limites et sont sujettes à changement.

Ce qui est connu, c’est qu’une mobilisation sans mettre de scope (patch de défibrillation) peut être délètere pour le patient. Son coeur peut faire une fibrillation ventriculaire, et s’il n’y a pas de moyen de le voir et de défibriller, il peut s’arrêter. La littérature rapporte une efficacité de la défibrillation à 24°C de température centrale!

Lors d’une hypothermie, le coeur va présenter une bradycardie et une onde J d’Osborn qui disparaîtra avec le réchauffement

 

Après cette partie théorique, très intéressante et très « pratique » (le médecin a parsemé sa présentation d’exemples vécus), nous avons pu nous sustenter et ensuite…

C’était la mise en pratique de nos cours théoriques!!!

Nous voici en 2 groupes, un premier groupe qui ira se mettre à l’eau (un canal qui est à l’embouchure du lac) et un deuxième groupe qui va parrainer les courageux qui vont à l’eau. Chaque parrain s’occupera de son filleul en l’encourageant, en préparant les linges de bain et en lui donnant thé, bouillon ou autres en-cas sucrés…

Il y a 4 exercices:

  1. Nager 80 m dans le canal
  2. Aller chercher un plongeur au milieu du canal
  3. Aller sous l’eau (faire le canard)
  4. Aller chercher un mannequin sous l’eau

Nous sommes entourés de plusieurs plongeurs, qui vont nous coacher, nous encourager et assurer notre sécurité, et il y a un bateau de la brigade du lac (gendarmerie) qui nous encadre aussi.

La température de l’air est à 5°C et celle de l’eau à 7,3°C… mais un fort courant est présent dans le canal et un petit vent fort désagréable nous accompagnera tout au long de l’exercice.

Certains de collègues vont juste dans l’eau et sont pris par une hyperventilation incoercible et doivent arrêter l’exercice, d’autres font l’exercice 1 et arrêtent, d’autres vont faire les 4 exercices, d’une manière aisée (semble-t-il!)

Quant à l’auteure de ces lignes, elle a été une fois dans l’eau jusqu’aux cuisses, puis est revenue sur la rive. Mais un peu vexée, elle est retournée dans l’eau, a nageotté 3 brasses avant de déclarer forfait! 😉

 

 

 

 

coup de foudre

il était une fois, un beau jeune homme, qui…

je suis sûre que vous vous attendez à une histoire d’amour, peut-être entre les murs de l’hôpital…

Que nenni!

Je viens avec mon savoir tout neuf vous parler du sujet du cours de hier : les risques électriques…

En tant qu’intervenante en milieu pré-hospitalier, il m’est arrivé d’aller chercher un patient électrisé. Mais ma compréhension des mécanismes de l’électrisation restait au niveau du savoir de dernière année du collège: quelques lois de physique apprises par cœur, mais sans rien de concret autour.

Oui, je me souvenais de l’électricité statique et des bouts de papiers qui se collent à un ballon de baudruche préalablement frotté sur un tissu; je me souvenais aussi du schéma électrique qui fait qu’une pile peut allumer une ampoule, mais bon…

Pour moi, l’électricité, c’était surtout ça:
danger
Bref, beaucoup de peur, de non-compréhension…

Alors, je ne vais pas vous refaire tout le cours sur l’électricité, c’est trop complexe pour moi…
Mais il existe quelques très bons sites qui en parlent, par exemple cet épisode de « C’est pas sorcier » http://www.youtube.com/watch?v=Vt2cy9vRfUs
ou alors ce document http://sti.epfl.ch/files/content/sites/sti/files/shared/security/Tables_rondes/Electricite_dangers.pdf

Je vais juste vous parler de deux situations qui m’ont le plus interpellées:
– Un jeune homme qui se promène en forêt, par temps orageux. Il se trouve dans une clairière et soudain, une lumière très vive, un bruit intense et il se retrouve assis, sans avoir rien compris!
Alors, dans les films, ça donne ceci:


mais dans la vraie vie, c’est plutôt ça:

La foudre a eu un point d’impact d’entrée et l’électricité a traversé le corps de cet homme…
Mais il a eu de la chance, car le trajet de l’électricité a évité le cœur…
Il a été quitte pour un gros choc (j’ai aussi appris que les victimes de la foudre pouvaient développer un syndrome post-traumatique très important, j’espère pour lui que ça n’a pas été le cas), sans aucune autre séquelle que cette cicatrice en forme de fougère (ou image de Lichtenberg)
Il est resté hospitalisé 24 heures sous télémétrie, afin que toute séquelle cardiaque soit écartée.

– balade en montagne, un couple. Madame marche devant et soudain, un bruit impressionnant, les deux personnes chutent. Monsieur se relève et va vers son épouse qui gît sur le sol, avec un état de conscience perturbé: elle murmure des mots incohérents, ne peut pas se relever, dit avoir des fourmillements dans les jambes et ne plus avoir de force. Elle a mal.
Les secours arrivent, s’occupent d’elle comme d’un traumatisé : maintient de la tête, recherche d’autres signes de blessures, ils la mettent sur le brancard et essayent de diminuer sa douleur pendant le trajet de l’hôpital.
Que s’est-il passé?
Il s’agit du phénomène du « tension de pas »: la foudre est tombée à un endroit et son électricité s’est propagée dans le sol… Madame marchait probablement avec des pas relativement grands, était proche du lieu d’impact et du fait de la distance entre ses deux jambes, l’électricité s’est propagée de sa jambe avant à sa jambe arrière…
Si on regarde l’image d’illustration suivante, un peut faire un parallèle entre cette dame et… la vache!

Outre l’étude de ces deux situations, nous avons aussi eu la chance d’aller dans une centre de formation aux problèmes électriques et voir différentes démonstrations…

Nous avons vu le problème de l’arc électrique ( vivant dans une région à très forte concentration de voies ferrées, nous avons tous entendu parler (ou sommes intervenus) sur des personnes ayant voulu grimper sur des wagons de chemin de fer et qui se sont faits atteindre par un arc électrique
Petite illustration, où on voit que la distance de sécurité autour de cette ligne à haute tension est de 3 m…

Et une autre situation de danger domestique… oui, dans notre monde où l’électricité est (presque) banale, nous oublions de temps en temps des gestes simples de protection contre cette fée qui peut se transformer en sorcière…
Évidemment ne pas laisser trainer des prises branchées, encore moins lorsqu’on a des petits enfants qui adorent mettre tout à la bouche!
Évidemment éteindre les appareils après utilisation,…

Mais votre nurse trouvait presque ridicule que son mari déroule tout l’enrouleur avant d’utiliser seulement 3m50 de câble!
Après avoir vu l’effet bobine électrique, je dois avouer que je vais être des plus attentive à bien tout dérouler!!!

Ceci

peut devenir cela

 

Et que faire lorsqu’on est témoin d’une électrisation?
Comment porter secours?

Tout d’abord, assurer sa propre sécurité!

Il faut s’assurer que le courant électrique est bien arrêté et s’assurer contre le redémarrage du courant.

A l’extérieur, quand il y a un court-circuit important, la centrale la plus proche va faire un ré-enclenchement automatique (ou mécanique) quelques secondes ou minutes après…
Donc lorsque vous appelez les secours, il faut indiquer où se trouve la personne et que la centrale d’appel alerte aussi le centrale électrique.
Lorsque c’est à domicile, il faut qu’une personne aille « couper le jus » et surtout que personne n’essaye de remettre en route le courant. Il est aussi important de délimiter la distance de sécurité.

Une fois que le danger est écarté, en attendant les secours, il convient de traiter l’accidenté selon ses blessures: s’il est brûlé, couper les vêtements, refroidir les parties brûlées (mais au maximum 10 cm2! il y a aussi un risque important d’hypothermie); s’il a fait un arrêt cardiaque, il faut commencer les manœuvres de réanimation (massage cardiaque), etc.

 

 

Diego, enfin libre

Diego est un homme d’une trentaine d’années. Il est venu en Suisse pour fuir son pays en guerre, avec ses parents.

Il était adolescent lorsqu’il est arrivé dans mon pays. Avant de pouvoir venir, il a vu des hommes se battre, se menacer, se faire tuer… c’était la guerre, une de plus, avec des femmes désespérées, des enfants sans avenir, des frères qui ne s’écoutaient plus…

Son père a vu des scènes terribles, les ressassait, les commentait, n’arrivait pas à se projeter dans l’avenir, dans la paix, dans ce monde étrange où il ne comprenait pas la langue. La communauté déjà installée les a accueillis, aidés.

Dans cette famille, le père allait mal, la mère était malade et le fils… survivait.

Il a été à l’école, mais comment raccrocher alors qu’il venait de loin, devait découvrir le français et le système scolaire cantonal?

Il a quand même pu trouver un apprentissage, se former…

Mais le père allait de plus en plus mal et la mère est décédée.

Les deux hommes vivent ensemble, chacun dans son chagrin, celui de l’aîné déteignant sur le cadet et celui du jeune exacerbant celui du plus âgé.

Mais les années passent, quand même, un travail… et des images, de plus en plus fortes, de plus en plus frappantes… toutes les images de guerre sont imprimées dans les rétines de Diego. Il ferme les yeux et voit son pays à feu et à sang, entend les cris, le son des des armes.

Pour Diego tout devient plus clair: il ne peut plus vivre alors que tant de gens sont morts, alors que tout est noir autour de lui. La mort sera une délivrance.

Il est suivi par la clinique psychiatrique de la région, ses idées suicidaires le mettant en danger pour lui-même.

Un jour, lorsque je fais sa connaissance dans mon service, il avait avalé la clef de son appartement quand il était à la clinique psychiatrique: le médecin venait de lui annoncer qu’il pouvait rentrer chez lui.

Nous l’avons gardé en surveillance et fait quelques lavements pour permettre à l’objet de sortir par le chemin le plus anatomique, tout en surveillant qu’il n’y ait pas de séquelles.

Quelques semaines après, le bip smur sonne: je suis appelée chez un homme ayant ingéré du produit de nettoyage. En arrivant sur place, je m’aperçois que c’est « le jeune homme à la clef »… A nouveau surveillance, puis transfert dans la clinique psychiatrique.

Il est encore revenu quelques temps plus tard pour abus médicamenteux.

Et tout récemment, un homme a été retrouvé sur les voies de chemin de fer. « Un accident de personne » comme dit pudiquement le porte-parole des CFF.
Son identité a été établie, il s’agissait bien de Diego.

Puisse-t-il être enfin libéré de ses cauchemars…

mauvaise note…

guide

Situation:
jour nuit de pluie, hôpital calme, mais pas trop

On mange quand soudain, un coup de téléphone:
« Salut c’est les Urgences. On a un quelqu’un pour vous, un homme d’une quarantaine d’années qui désire être sevré de sa consommation de stupéfiants. »
« Euh? là? maintenant? c’est pas à la clinique psychiatrique de s’en occuper? »
« La clinique déborde, on vous l’amène »

Bien, nous préparons le box pour ce patient.

A son arrivée, un monsieur très souriant, sympathique.
Il nous demande s’il vous plaît, si ça ne vous dérange pas, un petit quelque chose à manger

On lui explique qu’on va déjà l’installer, le scoper (mettre des électrodes afin de suivre son rythme cardiaque, mettre le brassard à tension en route, qui fonctionnera toutes les heures) et qu’ensuite, on lui amènera quelque chose à manger, même si nous n’avons pas grand’chose.

Ceci étant fait, il se confond en remerciements… mais demande si possible, si ça ne vous dérange pas trop, un café avec un peu de lait

Pas de soucis, voici le café.

Il est tout content, nous dit qu’on est différents des autres services à L***, à B*** et à F***, qui étaient vraiment pas sympas, eux…

10 minutes après, il demande à pouvoir aller fumer.
Nous refusons, disant que nous n’avons pas la possibilité d’aller avec lui. Il accepte de mauvaise grâce, ronchonne.

10 minutes après, il re-réclame de pouvoir aller fumer. Nous ré-expliquons que non, nous avons des patients qui demandent des surveillances constantes et que nous ne pouvons pas aller avec lui, et qu’il ne peut pas aller seul.
Il tempête, mais se calme ensuite.

20 minutes plus tard, alors que nous étions occupés, nous entendons son scope qui « bippe »: il avait ôté ses électrodes pour aller fumer.
Mon collègue, avec l’accord du médecin, décide de l’accompagner, sous condition qu’ensuite, il se recouche, se laisse rescoper et qu’il ne sorte pas avant le lendemain matin.

Il accepte, très poliment…

Entre temps, nous avons rappelé le médecin pour qu’une sédation lui soit donnée, car on soupçonnait que le reste de la nuit serait « difficile ».
Refus du médecin, vu le passé toxico-dépendant de notre patient.

Il revient, se laisse rescoper, s’endort…

10 minutes après, re-bipbip dans son box: il ne veux pas de ces *% »&&//(/ d’électrodes, de ce *ç%&%%ç*% brassard à tension.

Ma collègue, 1m50 et 35 kg, lui fait face et lui dit de se recoucher.

Il refuse, commence à s’énerver.

Nous argumentons, il contre-argumente…
Mais nous exigeons qu’il soit scopé (surtout nous nous méfions de ne pas l’entendre se lever, aller fouiller dans notre pharmacie, etc.)

Ma collègue, qui a pu discuter avec le médecin, arrive et, toujours du haut de son mètre et demi le regarde et lui dit « Bien, comme vous n’acceptez pas nos conditions, vous pouvez vous en aller! »

L’homme se couche immédiatement, dit qu’il accepte les électrodes et tout ce qu’on veut…
Mais l’équipe est inflexible: comme il est impossible de discuter et qu’il respecte nos conditions, il doit prendre la porte…
Il tempête, jure et nous dit qu’il va aller porter plainte à la police!

Il descend à la réception, demande à pouvoir téléphoner à la police pour porter plainte. Le policier lui dit de venir au poste pour déposer sa plainte, lui ne se déplacera pas à l’hôpital pour ça…

Il part en criant très fort qu’on n’est pas mieux qu’à L*** et à B***, que notre café était dégueulasse et nos biscottes immangeables! et qu’en plus, il n’y avait même pas la télé!!!

Mince, nous n’aurons pas une bonne note au Guide Michelin des services de soins intensifs…

En fait, tu t’en fous!

Quelques situations difficiles ces derniers temps…

Une situation avec une petite fille de 8 ans, renversée par une voiture… gros traumatisme crânien, des tas de témoins autour, dont des enfants du même âge…

Pourtant, elle a été prudente: elle a regardé avant de traverser! sauf que le bus scolaire bouchait la vue et qu’elle a pris le rétroviseur de plein fouet, elle avait juste avancé sa tête…

Smuristes et ambulanciers ont travaillé en bonne harmonie, l’hélicoptère de la Rega est arrivé rapidement et Marie est partie pour le CHU dans des délais rapides…

Une semaine après, une jeune femme perd la maîtrise de son véhicule, fait quelques tonneaux et le véhicule s’embrase…

Un témoin était sur place, a essayé de l’aider, d’ouvrir les portes, mais impossible…

Nous sommes arrivés alors que la voiture brûlait, autant dire qu’hélas, il n’y avait rien à faire 😦

Nous nous sommes occupés du témoin et aussi d’un pompier, qui a appris que la victime était une connaissance de son village…

Après cette dernière situation, nous faisons, le médecin (la même qui était avait moi la semaine précédente) et moi un débriefing informel dans la voiture. Nous profitons du temps de trajet pour parler en toute confiance des situations (nous avions eu des nouvelles de Marie, qui allait plutôt bien) difficiles vécues ces derniers temps.

Puis arrivées dans le service, nous papotons encore. Il faut évacuer les émotions et avec deux bavardes comme nous, les mots viennent facilement!

Quelques heures plus tard arrive une infirmière-cheffe, avec qui le courant passe souvent très bien.

Mme Nurse commence à discuter avec moi, puis avec le médecin… je me demande quand même pourquoi elle est là… On parle des situations et soudain (je ne suis pas très rapide, je sais!), je réalise qu’elle veut faire un débriefing de la situation de la journée…

Je lui dis que ça va bien pour moi, que je me sens bien compte tenu de la situation et que mes pensées vont aux deux témoins (le témoin impuissant et le pompier).

Ma doctoresse dit à peu près la même chose.

Mme Nurse continue à vouloir nous faire parler, mais honnêtement je n’ai plus rien à dire…

Elle tourne les talons en disant  » Ah, je vois… soit vous n’avez pas besoin de débriefing, soit vous vous en foutez! »

bienbienbien… j’en suis encore sans voix, presque six mois après!

 

 

soigner

soigner

Quel beau mot que celui-ci! "Soigner", "prendre soin"…

Tout de suite, on imagine Audrey Hepburn sous son voile prodiguant soins, consolation et conseils penchée vers le pauvre malade, lui-même heureux d'être au centre de l'attention…

Mouaip..

J'adore Audrey Hepburn, mais je me sens très loin d'elle… d'abord, parce que je suis rousse à bouclettes sans voile, mais, plus sérieusement, parce que pour moi, prendre soin, c'est plus complexe…

C'est soigner sans juger, même pour cette femme, cet homme venant pour alcoolémie aiguë, la 25ème fois depuis le début de l'année…

C'est laver ces corps négligés depuis quelques mois, quelques années par leurs propriétaires.

C'est faire des pansements d'escarre, tout en sachant que quand la plaie sera refermée, une autre s'ouvrira ( eh oui, la présence journalière ou tri-hebdomadaire de l'infirmière pour panser ces plaies, c'est l'assurance d'avoir de la visite, de pouvoir discuter…)

C'est aussi réfléchir, en milieu de réanimation, sur les "suites" avec la personne soignée, avec sa famille. Oui, après une insuffisance respiratoire, vous êtes intubé. Ce tube vous aidera à respirer, avec l'aide d'un ventilateur… Mais ensuite? le tube enlevé, vous allez mieux, mais pas beaucoup mieux… que voulez-vous que les médecins fassent? En remettre un? vous soulager? (doux euphémisme pour dire qu'on vous laissera vous en aller, mourir, mais avec le moins de souffrance possible). Une fois que vous avez pris la décision, souvent, nous devons prendre soin de la famille, parce que ce qui est clair pour vous, dans votre tête, dans votre vie, ne l'est pas forcément pour vos proches.

Soigner, c'est prendre soin de votre bien-être, mais aussi celui de vos proches…

Il existe une différence en anglais entre "to care" (soigner, prendre soin) et "to cure" (soigner, guérir)… Je crois très fort au "caring", c'est-à-dire prendre soin des patients, de leur famille, de leurs proches. Accompagner, aider, mais aussi être dextre dans les gestes "techniques" qui peuvent être aussi diversifiés que douloureux: piquer, refaire un pansement, préparer une perfusion, tourner un patient, le lever, poser différents cathéters…

Dans ma pratique quotidienne, il m'arrive de sortir en Smur, aller sur des lieux d'accidents, mais aussi au domicile. Je me rends compte que ce que j'aime, en plus des gestes purement techniques prodigués sur le site de l'intervention, c'est prendre du temps pour accompagner la personne prise en charge et sa famille…

Oui, j'aime "soigner", dans toutes les acceptations de ce terme…